J'aurais voulu être né belge est une phrase qui revient souvent dans la bouche de Philippe depuis deux ans.
Nous sommes venus la première fois un premier janvier au matin, avec Tim ( son compagnon), après une saint-sylvestre agitée chez Elisabeth ( Lebovici ), nous avions fait des centaines de polas sur
le plus grand front maritime d'Europe, cette promenade ahurissante noyée dans les tons de gris et de blancs, où se rejoignent les familles belges, le familles du nord de la France, les familles qui
comptent en leur sein un membre on dit aujourd'hui A mobilité réduite pour ne plus dire Handicapé, à cause précisément de ces kilomètres de promenade aménagés le long du littoral soumis aux vents
du nord.
Il y a plusieurs Oostende.
Celui des familles, celui des étudiants, celui des sportifs, celui des amoureux, celui des thermalistes, celui des gays.
Il y a dans les ruelles ( et d'une certaine façon contre toute attente, eu égard à l'aspect initialement très Famille-famille de la ville portuaire ) d'Oostende une série de petits clubs, dont
certains ont la déco défraîchie qui ferait un décor prisé pour tous les films des années concernées, papiers peints en reliefs à dorures, mobiliers d'époque(s), avec la touche belge, ce sens qu'ils
ont pour l'Intérieur.
Je suis allée de nombreuses fois à Oostende, une ville où il faut être amoureux.
Le casino d'aujourd'hui, ce monstre de verre et d'acier comme on le dit des tours ( sur les cartes postales du siècle dernier, on voit un bâtiment rococo, très Période normande, luxe suranné,
le casino D'Oostende de 1875 sur la promenade Albert n'a pas survécu à la deuxième guerre, il a du faire place au Mur de l'atlantique des allemands ), est un des points de vue les plus
magistraux sur la baie, depuis ses salons aux baies vitrées arrondies.
Le casino d'Oostende, c'est l'ultime demeure de Marvin Gaye, qui passa les vingt cinq dernières années de sa vie cloîtré dans l'édifice offert aux tempêtes, sa présence est encore palpable, dans le
hall central, une statue ( façon Koons, en moche ) les représente, son piano et lui, une statue dorée (kitch, en pire).
Le casino d'Oostende fait figure de point névralgique, on le voit d'où que l'on soit.
Il aura fallu attendre une expédition particulière avec Philippe pour que.
Ayant voulu être né belge, nous (deux) nous étions toujours dit que nous irions écrire, un week end ou un peu plus.
Ce fut pour le mois d'Août.
Je venais de rencontrer le père de mes enfants, j'étais encore un peu cette FAP, surbookée, surbosseuse, en perpétuelle charrette dans son ministère de la publicité.
Nous sommes partis quelques jours dans un hôtel sans tapage, dont le percale des taies d'oreillers continue à adoucir certaines de mes nuits.
C'était quelque-chose de voir cette ville pour la première fois en mode été. La plage. Les petits cabanons chacun nommés de prénoms. L'infini. A Oostende, on peut rencontrer l'infini.
Point d'orgue nocturne : Plastikman. Au casino.
J'ai fait des photos de lui. Lui, si inaccessible. Avec cette foule, deux, quatre mille ? personnes, avec les moquettes martyrisées, les salons envahis, les baies vitrées ouvertes sur l'infini et
le beat, plaqué, lourd, sans répit, d'un des maîtres de la musique électronique. Une sensation de marathon, une impression joyeuse de On y était, après une journée au soleil belge, à manger des
croquettes de crevette et flâner.
Un marathon de la danse, On achève bien les aoûtiens, soutenu en force par la jeunesse belge qui n'a pas peur de la techno pure. Et dure.
J'ai vu plusieurs fois Plastikman, au Rex notamment qui fut une excellente session, mais incapable de rivaliser avec ce moment de grâce, les petites heures de l'aube et ses oranges et ses violets,
étendues sur des kilomètres carré de mer plane, sans vent, à bien plus de 120 DB.
Une alchimie visuelle et sonore, sans chimie, juste un amour naissant, et la folie du décor.