Réseau, écrans, nous voilà hier soir de nouveau face à face, dans son décor berlinois dépouillé, Berlin est (trop) à la mode, le Berghain est dans tous les récits, je réalise que Christophe n'est pas encore entré dans ces pages, étrange constat, mon partenaire de tant de choses depuis tant d'années, depuis cette rencontre dans le marais, depuis nos échanges de livres, depuis nos milliers d'heures à écrire, l'un vers l'autre, l'un avec l'autre, loin de, de plus en plus.
Je lui demande de se souvenir pour moi de nos ensemble clubbing.
Il cite en premier le Globo ( rédigé ), ce soir si particulier avec Guillaume ( Dustan ), évanoui publiquement dans une solitude presque effrayante, démonstrative, engagée.
Il dit ensuite le Rex, d'autres endroits avec William ( Guillaume (Dustan)), encore, les soirées de La Chocha, et, comme si tous les deux nous avions fait une ellipse involontaire, marque un temps où nous nous regardons sous nos lampes de dimanches soirs acalmés, avant de citer l'endroit et non pas le titre emblématique.
La boule noire. Les KABP( Knowledge, Attitude, Beliefs and Practices ).
KABP = Didier ( Lestrade ).
Egal Robert aux lumières ( le beau Robert ).
Egal Patrick ( Vidal).
KABP = la fin de multiples époques.
Avec l'arrêt des KABP, re-baptisées ensuite pour un temps compté, c'est l'arrêt d'une certaine idée du clubbing.
Guillaume ( Dustan ) nous reçoit chez lui Christophe ( Chemin) et moi, pour la sortie jumelée de nos deuxièmes opus, en 2001. Une scène pénible. Pour ne pas me laisser vampiriser par l'ambiance éreintante que le directeur de collection distille dans son espace restreint et délibérément confiné de la rue Barbette, je focalise et maintiens mon regard fixé sur le livre que lit le pygmalion " L'esprit cool ", de Dick Poutain et David Robins. ( Etique, esthétique, phénomène culturel). Le livre vient de paraître lui aussi. Rétrospectivement, il est à déplorer que les soirées KABP n'y figurent pas. Elles sont à mon sens l'apologie du clubbing cool. Gay mais hétéros friendly, avec ce qu'il faut de drogue(s), de line-ups soignés, et surtout, avec un espace, un grand espace, plus ou moins VIP, un espace derrière la scène, où la Scène précisément vit sa soirée.
La première donnera le La. Wiiliam ( Guillaume (Dustan) se voit refouler à l'entrée, rien n'y fera, nous avons passé le début de la soirée ensemble, il n'entrera pas. Les KABP ce sera sans lui, toujours.
Il se dit et se produit dans la fameuse salle arrière un nombre de choses tel qu'il y aura sans doute un jour un biographe consacré à la réussite de ces soirées.
C'était bien plus qu'un passage obligé, c'était, et c'est en ce qui me concerne l'ultime, un Incontournable.
Avec ce mot qui revient et qui résume et englobe tous les items autour, Liberté.
Il y avait ce moment, ce passage, où toute une équipe toujours située au même endroit, à gauche de la scène, souvent équipée de polos Fred Perry sombres, se mettait torse-poil, ça créait une masse de torses luisants, toujours au même endroit.
il y avait des recherches de style, l'anoblissement des Genres.
Didier ( Lestrade ) et son polo rouge.
La maternité m'a cueillie en même temps qu'elle refermait la page de ce qui restera pour beaucoup l'ultimate samedi soir. Je n'aurais plus eu ce loisir de rentrer au matin, les paupières plombées, les jambes encore tremblantes d'avoir été aussi sollicitées, les talons dans le it-bag et les ballerines ou les baskets à la rescousse dès la sortie sur le boulevard à l'aube.
Je n'aurais pas aimé, me dire que la maternité m'en aurait privé.
Dans Paris (-Match), à la sortie de La possibilité d'une île en 2006, Michel Houellebecq dit " j'ai été très affecté par la mort de Guillaume ( Dustan), avec sa disparition, c'est la fin d'une époque, on s'est beaucoup amusés, aujourd'hui, la fête est finie.
Surprenant phénomène, celui qui qui en mourant marque la fin d'une fête, n'aura jamais été à ces fêtes qui elles, signent pour de bon, la réelle fin d'une époque.
Un hasard, vraiment ?
Visuel : Christophe Chemin pour Nôze ( Meet me in the toilets )
One (night ) slide :
Emmanuel ( Santarromana ) a écrit cette semaine On devrait inscrire Le Dépôt aux monuments
historiques.
Cette adresse-là.
Elle a donc bien quelque-chose de roumain, Adeline, ses cheveux sombres et ses yeux clairs,
et toutes ces similitudes, le père, les familles décomposées par cette guerre que fut le communisme, elle en a tiré cet humour d'elle-même qui séduit dès le préambule in the marais-chantal
comme le dit si bien Julien (Aujeau ).