Je n'avais pas vu le visage de Christophe ( Chemin ) depuis ( trop ) longtemps.
Réseau, écrans, nous voilà hier soir de nouveau face à face, dans son décor berlinois dépouillé, Berlin est (trop) à la mode, le Berghain est dans tous les récits, je réalise que Christophe n'est pas encore entré dans ces pages, étrange constat, mon partenaire de tant de choses depuis tant d'années, depuis cette rencontre dans le marais, depuis nos échanges de livres, depuis nos milliers d'heures à écrire, l'un vers l'autre, l'un avec l'autre, loin de, de plus en plus.

Je lui demande de se souvenir pour moi de nos ensemble clubbing.

Il cite en premier le Globo ( rédigé ), ce soir si particulier avec Guillaume ( Dustan ), évanoui publiquement dans une solitude presque effrayante, démonstrative, engagée.

Il dit ensuite le Rex, d'autres endroits avec William ( Guillaume (Dustan)), encore, les soirées de La Chocha, et, comme si tous les deux nous avions fait une ellipse involontaire, marque un temps où nous nous regardons sous nos lampes de dimanches soirs acalmés, avant de citer l'endroit et non pas le titre emblématique.

La boule noire. Les KABP( Knowledge, Attitude, Beliefs and Practices ).

KABP = Didier ( Lestrade ).

Egal Robert aux lumières ( le beau Robert ).

Egal Patrick ( Vidal).

KABP = la fin de multiples époques.

Avec l'arrêt des KABP, re-baptisées ensuite pour un temps compté, c'est l'arrêt d'une certaine idée du clubbing.

Guillaume ( Dustan ) nous reçoit chez lui Christophe ( Chemin) et moi, pour la sortie jumelée de nos deuxièmes opus, en 2001. Une scène pénible. Pour ne pas me laisser vampiriser par l'ambiance éreintante que le directeur de collection distille dans son espace restreint et délibérément confiné de la rue Barbette, je focalise et maintiens mon regard fixé sur le livre que lit le pygmalion " L'esprit cool ", de Dick Poutain et David Robins. ( Etique, esthétique, phénomène culturel). Le livre vient de paraître lui aussi. Rétrospectivement, il est à déplorer que les soirées KABP n'y figurent pas. Elles sont à mon sens l'apologie du clubbing cool. Gay mais hétéros friendly, avec ce qu'il faut de drogue(s), de line-ups soignés, et surtout, avec un espace, un grand espace, plus ou moins VIP, un espace derrière la scène, où la Scène précisément vit sa soirée.

La première donnera le La. Wiiliam ( Guillaume (Dustan) se voit refouler à l'entrée, rien n'y fera, nous avons passé le début de la soirée ensemble, il n'entrera pas. Les KABP ce sera sans lui, toujours.

Il se dit  et se produit dans la fameuse salle arrière un nombre de choses tel qu'il y aura sans doute un jour un biographe consacré à la réussite de ces soirées.

C'était bien plus qu'un passage obligé, c'était, et c'est en ce qui me concerne l'ultime, un Incontournable.

Avec ce mot qui revient et qui résume et englobe tous les items autour, Liberté.

Il y avait ce moment, ce passage, où toute une équipe toujours située au même endroit, à gauche de la scène, souvent équipée de polos Fred Perry sombres, se mettait torse-poil, ça créait une masse de torses luisants, toujours au même endroit.

il y avait des recherches de style, l'anoblissement des Genres.

Didier ( Lestrade ) et son polo rouge.

La maternité m'a cueillie en même temps qu'elle refermait la page de ce qui restera pour beaucoup l'ultimate samedi soir. Je n'aurais plus eu ce loisir de rentrer au matin, les paupières plombées, les jambes encore tremblantes d'avoir été aussi sollicitées, les talons dans le it-bag et les ballerines ou les baskets à la rescousse dès la sortie sur le boulevard à l'aube.

Je n'aurais pas aimé, me dire que la maternité m'en aurait privé.

Dans Paris (-Match), à la sortie de La possibilité d'une île en 2006, Michel Houellebecq dit " j'ai été très affecté par la mort de Guillaume ( Dustan), avec sa disparition, c'est la fin d'une époque, on s'est beaucoup amusés, aujourd'hui, la fête est finie.

Surprenant phénomène, celui qui qui en mourant marque la fin d'une fête, n'aura jamais été à ces fêtes qui elles, signent pour de bon, la réelle fin d'une époque.

Un hasard, vraiment ?


Visuel : Christophe Chemin pour Nôze ( Meet me in the toilets )

 
Un gigantesque tube de RAIDER ( official sponsor ) donne le la, nous sommes bien au Mosquito pour le grand raout du 15 août, après un dîner au bord du marché aux poissons ( marché de Catane, réputation non-usurpée, plus beau marché du monde ), un diner coincé entre deux statues gigantesques de marbre blanc, au coin de la place de la cathédrale, les monuments éclairés pour la nuit, l'éléphant en son centre, le baroque sicilien dans toute sa splendeur marque fort le contraste avec l'énaurme complexe dans lequel on débarque, toboggans géants, piscines, dancefloors multiples et dans les piscines, toutes les musiques, ici Bob Sinclar/Pitbull, là de la minimale, là encore autre chose, il y a de tout, des familles, des gosses, des mini filles qui dansent comme des vieilles salopes, des vieux sapés comme des jeunes margoulins, des lits de fortunes au bord des enceintes pour les mômes, des groupes, des grappes, des danseurs mouillés, des danseurs en nage, c'est le grand mix, le vrai.

Le DJ irlandais qui nous a bien expliqué qu'il était végétalien ( ne mange pas de poisson même à Catane, parce qu'on ne sait jamais, en mange quelquefois mais ici, on ne sait jamais ( sic ) ) après avoir sifflé quelques pétards cherche maintenant du LSD, ( une logique plus berli-que dubli- noise, le côté Je mange des graines je ne bois pas d'alcool mais je me la colle avec toutes les saloperies qui passent...), les bars tournent à fond, il y a des restaurants, des boutiques, c'est ( remember la cité olympique de Barcelone ) un genre d'hypermarché de la nuit, à côté de moi au bar un vieillard édenté lunettes mouches 50 bermuda espadrilles tente de me draguer et se laisse photographier, Nico from Nôze envoie le son et réveille cette partie du dancefloor calmée par le set précédent mollasson, il y a de tout pour faire la ronde, ça envoie, je m'évade de temps en temps pour visiter ce club med de la fête, à la sicilienne, familial, déjanté, Raider style.

C'est cependant dans la toute dernière partie de la nuit que la siciliennerie sus-évoquée prend toute sa dimension. C'est l'heure de prendre la tune et ciao.
Retour dans le bureau.
Quand nous sommes arrivés, le big boss ( big boss de la nuit en Sicile, un style ) comptait déjà à toute vitesse. Comme les banquiers dans les films des années... Ou les escrocs, dans les films des mêmes années. Ce ne sont pas les billets qu'il compte à cette heure précoce, ce sont les tickets d'entrée.
A cinq heures, dans le bureau, il y a, deux promoteurs, deux filles sur des grands fauteuils en cuir de bureau ( genre modèle président chez Raja ) qui font des hihihi hanhanhanhan tendance elles ont fini de bosser la comptabilité elles font de la présence ( ça glousse ça glousse ), une strip teaseuse qui rentre avec son coach supposé, elle est à poil avec les pompons genre Dita Von Teese de supermarché collés aux seins bien pommelés, deux trois on ne sait pas ils sont là au cas où, et le boss.
Qui compte encore de la même façon.
Cette fois ci des biftons.
En temps réel sur tous les ordis, les consommations des divers bars.
Ca brasse.

C'est là que le top du décor, le détail qui tue.

Derrière le fauteuil du boss ( modèle président tout cuir chez Bureau ), à droite:
Une ( grand modèle ) batte de base ball.
A gauche :
Le portrait de la Madone.

Toute ressemblance avec l'arrière salle ( le bureau) de la boite de nuit des Soprano... 






 
C'est un peu le club à tout faire celui-là.


Il a eu ses années Hip Hop ( 80), ses années toutetnimportequoi ( Des 80 jusqu'aujourd'hui, puisqu'il parait que pour la... fois, l'adresse est de nouveau partie intégrante du parcours ), ses années House.

Elle est bien l'entrée du Globo, large, longue ( tout ce qui est large et longue est bon ? ), il se passe plein de trucs jusqu'à l'interminable queue au vestiaire ( est ce qu'il n'y aurait pas un livre à écrire sur le même principe, juste avec les vestiaires ?).

Ce soir là je porte une robe Alaïa tout ce qu'il a de plus vintage, from Iglaïne ( la reine ), qui dit Azzedine dit moulant, mon ventre est de nouveau montrable, après deux années à avoir subi les outrages d'un Yoyo sans régime mais avec deux bébés, je rentre à nouveau dans une taille micro ( on ne dit pas encore zéro, en 2004...), robe noire courte et qui n'autorise pas le moindre ballon, à moins que ce soit un parti-pris ( déjà le 90b est limite ). William ( Guillaume Dustan ) est là dans le refoncement du côté droit de la scène, les yeux fermés. Debout immobile au milieu des danseurs, les yeux fermés. Il psalmodie comme à son habitude ( quelques méchancetés de base et quelques aphorismes décontractés du gland par la molécule en cachet qui fait aimer toutetnimportequi ). A cette différence que sa posture, quasi statique au centre de la faune, stigmatise ce décalage dans lequel il se complait, annonçant la fatale dépression à venir.

Je ne me souviens pas des mots exacts malgré l'effort, je me souviens de l'impact de l'intonation, de cette phrase qui disait que la jeunesse était derrière nous ( lui ), que le monde était devenu solitude, je me souviens parfaitement de la tristesse macabre qui suit cette sentence désenchantée  que David ( Duriez ) ne dissipera pas. Un pressentiment, sans doute.

Les fins de soirée au Globo ont souvent dégénéré dans un(e) des multiples alcôves, recoins, dédales de la grande salle, mauvais alcool et substances diverses à l'appui, avec souvent des panoramas réjouissants de donzelles bon chic bon genre dépravées dans le plus pur style pouffiasse Nikki beach.

Cette fin de soirée là je suis rentrée, sonnée, vidée ( les tensions de neuf mois sous pression ), excepté de cette intuition que le temps vérifierait.

Ce soir là, William, un pied posé contre le mur derrière lui, avait, noyé dans le bordel, annoncé qu'il mourrait.

Bientôt.

Lushlife (Original mix):  [KICK INSIDE (THE)].

 

One (night ) slide :

Il est peut-être six heures, au moins cinq c'est là, toujours, que Ricardo ( Villa lobos ) est à son meilleur ( son ), le flux est une immense nappe qui fait se lever tous les bras depuis trop longtemps pour que les jambes ( et la tête ) s'en souviennent, c'est une des premières fois que le label Circus Company fait un si gros évènement, le bateau (phare) est bondé, quand soudain se degage de la nappe implacable le synthétiseur identifiable entre mille sans tête ni même sans jambes, et arrive comme un fumigène dans la déflagration globale la voix de la diva noire.

J'ai déjà, à cette époque, bénéficié des milliers de fois des effets sans limite du tube, depuis Radio 7 en passant par les clubs de l'époque ( Apocalypse, 78, Castel, Elysée Matignon & on & on & on... ), je l'ai vécu de façon il n'y en aura qu'une c'est celle-là via Eric ( Dahan ), un soir chez lui, dans ce studio du 18 eme où les murs sont des opéras, où le mobilier est un catalogue.

Mais ce matin là, vers six heures, Ricardo avec qui on riait encore deux heures avant, dans les backstages minuscules, en le regardant répondre à une interview filmée sans aucun respect des convenances en vigueur, ce matin là quand Ricardo déployant tout son ( immense ) talent de Deejay, envoie le I feel love de la grande Donna ( Summer ), il se passe un courant général, une symbiose délirante, ré-introduit en toute science par bribes, et chaque fois le public plonge et remonte les épaules, I feel love, we feel love.

We feel transe. Je dis je m'entends encore à Laurent (Garnier) qui danse à mon côté.


One  ( day ) slide :

Les Cake & Milk sont au début des années 00 ce que le millénaire annonce de plus prometteur. Un tarif ridicule, un terrain déminé des contingences municipales, une faune avide, danser le dimanche, danser dès qu'il fait beau, danser jusqu'à la nuit dimanche compris. Aussi. 
Cet après-midi là aux platines il y a Ewan ( Pearson ), Ivan  ( Smagghe ), entre autres, il fait une chaleur moite qui incite à la caï (pirniha), toute la bande composée de toutes les bandes est là, suante, lookée sous le soleil, hilare, dansante, nous sommes en clan réduit au sommet du bateau rouge, face à la foule sur les pavés en bas, nous sommes notre petit club en talons et bikinis, coupes à la main, juste à côté des platines, et jusque tard dans la nuit, s'enchainnent les occasions de penser à la chance que l'on a d'en avoir été, encore un été. 
Merci Vigo, merci Dimitri ( Perrier)

Trüby trio : Slowsupreme : Granada.


One ( night ) slide :

C'est la première fois qu'il fait sa pyjama party à Paris. Sous l'égide de Circus Company, qui là encore, donne une puissante démonstration de son nez creux.

Jamie Lidell est aujourd'hui une star bankable planétaire, son génie et ses yeux bleus, ce soir là, il est sur la scène du bateau en pyjama rayé, seul, seul avec sa voix qu'il sample et additionne, avec cette soul qui l'incarne, une heure et quelque de performance intense, le gars est seul et donne à entendre qu'il est un groupe devant un troupeau ébahi, avec Murcof, ils sont les deux seuls à avoir réussi cet exploit, emmener tout le parterre, seuls, à ce degré là de force tranquille.

One (day ) slide :

C'est l'été mais calme, Nôze est un groupe qui ne s'est encore jamais produit à Paris, formé de quatre musiciens et d'un homme de machines ( qui ne chante pas encore ).  Nôze fait vivre au free jazz sa première virée électronique en live. Ca surprend ( ceux qui n'ont pas encore entendu le premier disque )( le tout premier il est difficile à trouver), c'est tout public et il y a de tout les publics, des grand-parents, des arrières-grand-parents même, des potes, des inconnus surpris mais détendus, et dans un coin de la scène, bien calée sur une énorme caisse noire, il y a une petite fille de six mois, la nôtre, qui écoute pour la première fois son père jouer devant un public.
Je revois la robe à carreaux, je revois Ark, je ré-entends ce titre long et triste, sur lequel un beat vient sans mentir donner l'envie de se lever, je me souviens du soleil à peine troublé par l'ensemble lâché dans l'improvisation, c'était une première.

Nôze : Newlin.


One (night ) slide :

Nous sommes trois, Vigo, l'ingénieur du son et moi, le staff s'agite autour, dans la salle prête à bouillir mais jusqu'ici tout va nickel, le calme avant la bourrasque, Vigo rentre de la Winter conférence ( Miami ) pendant laquelle Eric ( Dahan ) a réalisé ce film sur Ivan et Aurore qui préfigurera Vegas ( Las ) et le reste. Elle m'a ramené un truc elle dit.
Elle sort le CD ( doré, je l'ai - évidemment - toujours à portée d'oreille aujourd'hui ). Sept minutes de grâce.
Qu'on demande à remettre.
Et à remettre.
Et peu à peu l'ingé son et le staff souriant de la répétition s'intéressent, et au cinquième passage, on est là en petite équipe comme si la soirée était derrière, Vigo a ce sourire qu'elle a souvent, avec une mélancolie derrière ( et toute la bonté du monde ), cinq fois, six fois... jusqu'à l'ouverture.

Grâce pure.

The Family Worship Melody : Praise & Workship.









 

C'est Delphine, qui lui a trouvé son nom, un soir avec les filles, quatre lettres.

Comme les prénoms de mes enfants.

Quatre lettres = efficace.

Encore un endroit multi-facettes, pire qu'une boule.

J'ai tenté de retrouver le nom de ces soirées, les premiers jeudis, des jeudis assez tranquilles, j'ai demandé à leur résident, et même lui n'a pas réussi, il y a eu une agréable tripotée de djays avec Feadz qui se détache, sa casquette, sa jeunesse, ces jeudis là annonçaient la suite, soit le jeudi le plus torride de la partie la moins show-off de la capitale, loin de l'ambiance gold triangle, très loin. C'est Samira qui manage ces jeudis, sa fausse blondeur platine, sa peau kabyle, son débit ( phrasé rapide syllabes souvent avalées dans le flux ).

A ce stade de Let's Dance, l'écriture devient l'inverse de ce qu'elle réclamait auparavant, on entre dans le dur, les efforts pour tenter d'être au plus juste, associés au travail de mémoire, qui à cause des protagonistes s'intensifie, l'écriture devient un puits autour duquel j'ai tourné des semaines sans choisir de délibérément plonger dedans. Ca n'est ni un sacerdoce ni une épreuve, la définition est ailleurs, dans la rémanente pression, être fidèle à, au plus grand nombre de vérités possible. 

N'ont été cités jusqu'à présent que les jeudis. Du Pulp. Alors qu'elle est toute autre(s), la réalité du meilleur club à filles ( merci Michèle), et à garçons, et à filles qui aiment les filles, les garçons, à garçons à garçons, à travelotes, c'étaient du mardi au dimanche inclus. Avec des soirées plus ci que ça. Mais toujours ouvertes aux autres ci et ça(s).

Avec des filles comme Zouzou. Au bar.

Il y a eu cette période démente où le club initialement à filles est devenu theplacetobe.

Il y eu des performances. Beaucoup de performances. Citer celle d'Odette Bombardier. La fille que j'avais connue sur les plages de Maurice en 1980, la première fille à porter un bikini fluo rapporté de la Réunion, la fille aux cheveux courts et bruns était maintenant rasée, tatouée, la fille portait maintenant  des bijoux par elle fabriqués, des colliers à pointes, des lignes presque dangereuses, la fille que j'avais connu dans cet environnement vertueux était maintenant une créature, en passe de devenir une icône. 

On s'est revues aux Cake & Milk de Batofar, depuis, plus rien.

Le Pulp a fait partie des rares endroits où la liberté était comme un costume transparent enfilé par-dessus soi dès le vestiaire. Pourquoi exactement, c'est l'histoire alchimique,  bonnes personnes au bon endroit au bon moment. A cause de ce que signifie la liberté d'esprit.La neutralisation temporaire d'une récurrence majoritaire de clivages. 

Ce qui est éreintant, dans le récit, c'est lorsque le chapitre n'est pas relié directement à un événement, mais qu'au contraire, il renvoie à tellement d'événements, mélangés, déconnectés parfaitement les uns des autres dans leur forme, qui figurent au total un magma semblable au générique des guignols, cette terre qui tourne et dont s'échappent au fur et à mesure diverses emblèmes.

Ca a donc commencé avec Gino Castagnette aux platines, et ça s'est achevé avec la mort de Delphine. Entre les deux interstices, quelques années, tellement de gens, des passages éclair au Scorp', du champagne et des vokas pamplemousse comme s'il en délugeait.

Il y avait cette camionneuse, elle portait presque toujours des chemise blanches et des bretelles. Avec quelques rares concessions aux chemises dites de bûcheron. Ambiance Nirvano.
J'ai mis du temps à intégrer qu'elle faisait partie du staff.

Je ne suis pas encore allée au Rosa bonheur que vient d'ouvrir Michèle. ( de ré-ouvrir). Je ne doute pas de la magie potentielle, je doute de mon pouvoir à basculer dans cette liberté qui fut une dope.

Cette liberté qui fut une vraie dope.

                                                     ..............................................

J'ai attendu quelques jours avant de.
Le jour de la gay pride peut-être.
J'ai demandé à Wet si le Rosa Bonheur ( qui est parait-il propriété de mon ex-voisin, le producteur de cinéma français numéro 1 du cinéma d'auteur ) aurait un char.
Sûrement m'a t'elle répondu, c'est bien le genre.

il est fini le temps de Delphine sur son char.
Clos celui des filles sur le grand boulevard.

Reste l'équipe.
Michèle, Zouzou, pour ne citer qu'elles.

Longue vie au Rosa Bonheur, donc.







 
Emmanuel ( Santarromana ) a écrit cette semaine On devrait inscrire Le Dépôt aux monuments historiques.

On devrait, en effet, ériger la seule backroom qui juxtapose aussi royalement un des plus grands commissariats parisiens.

On aurait beau jeu de photographier pour l'éternité la rangée de véhicules balisés le long du trottoir arc en cielisé.

Somebody's got to do it.

( Sex is a dirty job but ).

Ce soir là c'est Delphine qui dort à la maison, qui fait Sextoy.

Dans sa capsule, là haut.

Je suis avec Joanny ( Philippe ), au bar.

Mon oeil est comme ont dit invariablement attiré. 

Il est de taille petit-moyenne.

Lunettes.

Cheveux sans intérêt, non couleur dans les clairs.

Veste en jean.

Blouson cintré plus exactement.

Pantalon néo-seventies re-visité sauce 2000, l'ensemble forme une sorte de tailleur.

Ce n'est pas un garçon c'est une chose.

Une chose seule, à l'air timide plus plus, il n'a pas d'ami, pas de sex appeal, il n'y a à priori que certaines provinces complexées pour fournir ce genre de spécimen.

Si c'était un chien ce serait un basset artésien.

( avec des lunettes ).

Et puis là haut dans son vaisseau spatial Delphine envoie Kylie Minogue.

Je n'ai jamais été aussi contente d'avoir vu how many times Saturday night fever et Les sorcières d'Eastweek.

Sinon j'aurais trop voyagé en terres inconnues.

Ma chose s'est réveillée.

Ma chose s'est mise à danser.

Ma chose est à l'avant du podium, déhanchée comme la plus mortelle des disco-queens, bras et petit doigt en l'air, C'est la pure Travolta's sister.

Ma soeur. Une furie.

Ma bouche est bée, elle a raison.

Et jusqu'aux petites heures, celles où il faut porter les lourds sacs de galettes, jusqu'aux petits heures je ris.

Quelle fourbasse. Cache bien son jeu ( ma soeur ).

Oui, le Dépôt, monument hystérique.

Kylie Minogue : Can't get you out of my head.



 



Cette adresse-là.

Cette soirée-là.

 

(Alors que pourtant, mon plus - Ce que l’on veut tous les adverbes - souvenirs, c’était plus tard, bien plus loin, la réponse justement au propos de cette soirée là, après deux ans à avoir un ventre, déjà maman une fois et prête à renouveler l’exploit ) après deux ans arrivés à échéance, j’étais venue armée de ma proéminence, et un jeune homme, hystérique, ( men can do it too ) était venu mettre sa main sur la protubérance, combien de fois haït-on ce geste, ces inconnus qui plaquent leur main sur le refuge, j’étais à deux semaines du terme officiel, la peau tendue au maximum, les parois du refuge détendues au paroxysme, je me souviens de ce mélange, il y avait le sens d’être là, et l’inquiétude, les basses étaient à ce point fortes et denses, jusqu’où le fœtus ( sans sexe déterminé jusqu’à sa naissance ) ressentait-il les coups sans relâche, était-ce trop fort pour lui, était-il dérangé, abîmé, malmené par les ondes ? Et puis cette main, ce jeune homme hystérique, son sourire, ses yeux transfigurés par le son de Ricardo ( Villalobos ),  et cette phrase Ca sera un musicien, c’est sûr, ça sera un musicien et un danseur.)

 

Cette soirée-là, parce qu’ultime.

 

Des semaines de mise en route, avec Emmanuel ( Pinon ) aux commandes RP, des soirées précédentes avec le crew, Envoyer les flyers, écrire des listes, tous autour de la table Vigo , Delphine ( Palatsi), et les autres membres de La famille (cette famille-là), c’est la première fois qu’un client ( privé) investit le Nouveau casino ( Vigo à la négo, l’open bar, le plateau ), les soirées précédant le, les tables rondes rectangulaires, les tampons sur les cartons ,  les listes,  les journalistes veulent voir un Dustan qui se fait déjà rare, les journalistes se font mollement aguicher par le propos ( la sortie d'un second roman aux Editions (surveillées ) du Rayon), mais par le mélange oui, ce sera la première soirée d’une série, des écrivains et des Dee jays, Tristan ( Francoz) transportera après le concept à la Fabrique mais la c'est la première.
La première et la dernière ( de cette famille là).

 

Ca y est dira Dustan ( William Baranes ) plus tard dans un coin sombre et isolé du couloir, On a réussi, on est la Factory.

 

Du monde, oui.

 

Beau je ne sais plus.

 

Dans mon costume Slimane, je me démultiplie trop incessamment pour figer les discours, les commentaires, les critiques, les applaudissements.

 

Delphine est en retard, pourtant beaucoup de monde attend Sextoy. Moi j’attends Delphine, qui ne peut pas ne pas venir, elle ne peut pas, remplacée au pied levé tout va bien mais elle doit venir, elle va forcément arriver.

 

Dix minutes avant la fin.

 

Quelques jours plus tard, Delphine viendra à la maison avec des roses blanches. Un grand bouquet de roses blanches et des pétales d’excuses en bandoulière.

 

Quelques mois plus tard, je monterai jusqu’au crematorium avec Ann(e) sous cette pluie immonde, nous deux, armées de roses blanches.

 

Aussi.

 

Luomo : Tessio : Ivan Smagghe remix.





 

 

 

 

 

 

Elle a donc bien quelque-chose de roumain, Adeline, ses cheveux sombres et ses yeux clairs, et toutes ces similitudes, le père, les familles décomposées par cette guerre que fut le communisme, elle en a tiré cet humour d'elle-même qui séduit dès le préambule in the marais-chantal comme le dit si bien Julien (Aujeau ).

Le lieu, Bagatelle, est lourd en promesses, entre les compte-rendus ça et là des nuits précédentes, les réminiscences que l'on a, chacun, de la roseraie ( chacun parisien ), le lieu est chargé en visuel, la terrasse à l'ombre des écuries, la mise en place du décor éphémère, les system(s) ( sons et lumières ), l'architecture déployée du service (nombreux).

Et l'on est bien où l'on sait, à l'orée de Neuilly et du seizième, pas loin du triangle d'or, dès lors que les premiers attaquants font leur entrée, défilé, défilé de porte-manteaux, défilé comme des panoplies trop complètes, de jeunes ( moins, guère, ou à peine ) femmes habillées comme telles mais qui se tiennent comme encore des filles, gauches, bridées par des uniformes de marques de magazines en vogue.

Un sentiment de déguisement(s). 

Qui va quasi pour l'ensemble.

Des tables entières de filles juchées et ultra-brightisantes, des garçons avec de  très grosses montres au poignet.

Des it bags à en pleuvoir et des narines furtivement rectifiées d'un doigt révélateur.

Manque plus que la mer pour qu'on soit à Saint-tropez.

C'est la première scène pour le duo Nico de Nôze et Dani ( Siciliano), le jeune permanent qui les précède avoue en cèdant la place, C'est dur ce soir, très dur.

A part le R&B et la musique des boites de nuit de toujours.

( Mes sessions de 45T, salut envisageable).

Il y a un effet de déroute, malgré la qualité, terme pourtant prisé de la faune ( la Qualité mon ami ), malgré les supporters déjà acquis via Nôze notamment à la cause. 

Ca prend mais la béarnaise ne monte qu'à moitié. 

La musique, elle, est impeccablement sophistiquée. Elle habite ses vêtements, elle a le truc. Pour bouger dedans.

Las, le feu ne remplacera visiblement jamais en cet endroit un machin genre Clamaran.

Dommage.

Le jéroboam de bulles, est lui, à dix mille euros.



( sans la paille ).

 La ville est loin, d'un coup la ville est loin, il manque son caractère, sa diversité, son éclectisme, son électricité, il manque l'étincelle au delà des codes et des panoplies.

Restent l'extraordinaire bonne humeur ( pourtant furieusement communicative ) de Dani, la science du mix qu'ils déploient avec Nico, la gentillesse, les sourires, la finesse d'Adeline ( Grais-Cernea ), le décor étoilé, la compréhension, de ce qu'il fut un temps, loin, très loin ( et de la ville, finalement ) on eut aimé.

Parce que chez ces gens là, Jacques aurait chanté.

( Et pourtant et pourtant Charles aurait chanté également, ce mix avec des perles du diable ).

Tori Amos & Armand Van Helden : Professional Widow. 

Supertramp : Crisis, what crisis ?





 
J'aurais voulu être né belge est une phrase qui revient souvent dans la bouche de Philippe depuis deux ans.

Nous sommes venus la première fois un premier janvier au matin, avec Tim ( son compagnon), après une saint-sylvestre agitée chez Elisabeth ( Lebovici ), nous avions fait des centaines de polas sur le plus grand front maritime d'Europe, cette promenade ahurissante noyée dans les tons de gris et de blancs, où se rejoignent les familles belges, le familles du nord de la France, les familles qui comptent en leur sein un membre on dit aujourd'hui A mobilité réduite pour ne plus dire Handicapé, à cause précisément de ces kilomètres de promenade aménagés le long du littoral soumis aux vents du nord.

Il y a plusieurs Oostende. 

Celui des familles, celui des étudiants, celui des sportifs, celui des amoureux, celui des thermalistes, celui des gays.

Il y a dans les ruelles ( et d'une certaine façon contre toute attente, eu égard à l'aspect initialement très Famille-famille de la ville portuaire ) d'Oostende une série de petits clubs, dont certains ont la déco défraîchie qui ferait un décor prisé pour tous les films des années concernées, papiers peints en reliefs à dorures, mobiliers d'époque(s), avec la touche belge, ce sens qu'ils ont pour l'Intérieur.

Je suis allée de nombreuses fois à Oostende, une ville où il faut être amoureux.

Le casino d'aujourd'hui, ce monstre de verre et d'acier comme on le dit des tours ( sur les cartes postales du siècle dernier, on voit un bâtiment rococo, très Période normande, luxe suranné,  le casino D'Oostende de 1875 sur la promenade Albert n'a pas survécu à la deuxième guerre, il a du faire place au Mur de l'atlantique des allemands ), est un des points de vue les plus magistraux sur la baie, depuis ses salons aux baies vitrées arrondies.

Le casino d'Oostende, c'est l'ultime demeure de Marvin Gaye, qui passa les vingt cinq dernières années de sa vie cloîtré dans l'édifice offert aux tempêtes, sa présence est encore palpable, dans le hall central, une statue ( façon Koons, en moche ) les représente, son piano et lui, une statue dorée (kitch, en pire).

Le casino d'Oostende fait figure de point névralgique, on le voit d'où que l'on soit.

Il aura fallu attendre une expédition particulière avec Philippe pour que.

Ayant voulu être né belge, nous (deux) nous étions toujours dit que nous irions écrire, un week end ou un peu plus.
Ce fut pour le mois d'Août.
Je venais de rencontrer le père de mes enfants, j'étais encore un peu cette FAP, surbookée, surbosseuse, en perpétuelle charrette dans son ministère de la publicité.

Nous sommes partis quelques jours dans un hôtel sans tapage, dont le percale des taies d'oreillers continue à adoucir certaines de mes nuits.

C'était quelque-chose de voir cette ville pour la première fois en mode été. La plage. Les petits cabanons chacun nommés de prénoms. L'infini. A Oostende, on peut rencontrer l'infini.

Point d'orgue nocturne : Plastikman. Au casino.

J'ai fait des photos de lui. Lui, si inaccessible. Avec cette foule, deux, quatre mille ? personnes, avec les moquettes martyrisées, les salons envahis, les baies vitrées ouvertes sur l'infini et le beat, plaqué, lourd, sans répit, d'un des maîtres de la musique électronique. Une sensation de marathon, une impression joyeuse de On y était, après une journée au soleil belge, à manger des croquettes de crevette et flâner.

Un marathon de la danse, On achève bien les aoûtiens, soutenu en force par la jeunesse belge qui n'a pas peur de la techno pure. Et dure.

J'ai vu plusieurs fois Plastikman, au Rex notamment qui fut une excellente session, mais incapable de rivaliser avec ce moment de grâce, les petites heures de l'aube et ses oranges et ses violets, étendues sur des kilomètres carré de mer plane, sans vent, à bien plus de 120 DB.

Une alchimie visuelle et sonore, sans chimie, juste un amour naissant, et la folie du décor.








 
Trois morceaux :

Belfast : Orbital.

Acid Eiffel : Laurent Garnier.

How Gee : Black machine.

La première fois :

1991, novembre, je viens de rencontrer un jeune homme brun, il habite au 92 j'habite au 102, sa soeur ainée, Lili, a été la compagne pendant douze ans de mon voisin du dessous Christophe ( Tison ), ils sont tous trois originaires de Dijon.
Xavier ( le jeune homme brun ) nourrit un vieux rêve qu'il noie dans une nonchalance et un mode de vie bien spécifique, le "laisser couler", lequel me change spectaculairement des derniers mois écoulés, des mois agités.
Tomber en amour, résister à l'égoïsme attenant, dans le cas présent ça signifie ne pas faire barrage à l'idéal, ne pas retenir le jeune homme brun si doux, à contrario, motiver son désir d'avenir ( haha ), encourager son départ,  malgré soi, malgré la déchirure prévisible, malgré...

La date est programmée pour le début de l'année qui s'annonce, sur toutes les ondes c'est Osez Joséphine qui galope et le cri de guerre pour les 365 à venir c'est Osez 92.

Le jeune homme brun doit partir à Dijon dire au-revoir à sa famille, préparer son évasion.

Le voir descendre la rue pour aller prendre son TGV est à ce point une torture que ça laisse présumer de joyeux moments pour dans pas longtemps.

Nath est avec moi. Nath ne me quitte pas d'une semelle. Nath vient de couper ses longs longs cheveux et porte la coupe courte qui est la mienne aujourd'hui. Nath est mon inséparable.

Il est parti un jeudi, le vendredi matin, nous décidons avec Frédéric de faire la surprise au jeune homme brun. Nous savons que ce vendredi, comme tous les, Garnier fait sa Wake-up à L'An-fer, une heure quarante de TGV ce n'est rien, Ce n'est rien dans les diskman, Jaloux dans les diskman, Les mots bleus dans les diskman, Baschung et Clerc.

On attrape le dernier gare de Lyon après le passage au Train bleu et les chesterfields, et je revois chaque image sans aucune égratignure sur la pellicule de la bande qui a suivi.
Jeu de piste.
Une première halte au Carillon, il n'y est pas, une deuxième halte dans un bar à House, il vient de partir, nous marchons dans la capitale des ducs glacée galvanisés par cette Chasse au trésor ponctuée de Blanc-cassis, et il finit par être assez tard pour envisager d'aller rue Marceau.

Ce sera la première confrontation avec l'abruti ( plus abruti que méchant, mais bien abruti ) qui tient la porte, le petit escalier, la rue alentour si calme si contrastée, le décor alluminium, la fresque sur le mur qui longe la piste, la partie plus lounge au premier tenu par un gros gaillard sympathique ( How Gee c'est lui), les vibrations démentes des basses assenées par Garnier.

Sur le mur où se dessine la fresque, un jeune homme brun tient son verre une jambe repliée contre le mur, il a l'air seul et contemplatif.

Je ne dis rien, Nath me sourit, et la suite appartient à notre histoire.

Il partira au Mexique.

Il en reviendra.

Pendant quelques années, sept au moins, L'An-fer sera Le club, celui qui draine les suisses fondus de Couleur 3, les bisontins,  les anglais, il y aura des tea-dance le dimanche ( et des tea dance SM : how g...!), il y aura les vendredis Garnier les vendredis Tonio, il y aura la crème de la House, il y aura l'été 1993 qui reste un de mes summer of Love les plus emblématiques, il y aura la création d'une bande et celle d'un amour, il y aura...

L'An-fer a fermé ses portes en 2007. Et derrière elles cette image, des lumières menaçant de s'allumer à quatre heures précises, et de l'ultime supplique : Belfast Pleeeeeeeeaaase. Belfast en morceau de clôture.

Nath(alie) aussi. A fermé ses yeux. Juste avant Noël aussi. En 2007.

                              
 Around the words             
 [Before-propos]                
                                                                                                   
 J’ai longtemps tourné autour de ce propos, et de cette idée, décrire un par un les clubs, tous les clubs, qui ont façonné, illustré,                  émaillé,  développé…   
 A travers un nom un endroit une période, les musiques, les bandes, le tempo d’une époque fut-elle courte, tout devrait y être.                   
 A Paris, & around the world. 
 En 2001, un journaliste ( Patrick Thévenin ) en mal de concept m’avait intitulée Ecrivain-clubbeuse.
 Même si le terme est réducteur, et dépassé, il a sa part de vérité.
 Le temps est venu de la compile.
 Enjoy. 

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